N’ayant pas de crise particulière à régler en ce moment, je prends le temps de ressortir des oubliettes mes vieilles pensées. Et, entre autres réflexions existentielles, comme le fait de savoir si je vais enfin chercher des cours de chant, finir ce bouquin devenu tout poussiéreux ou coller au mur la fresque autocollante Ikéa dont j’ai fait l’acquisition cet été, je m’interroge aujourd’hui sur le port de la jupe. Je me demande plus particulièrement pourquoi suis-je si peu encline à porter une jupe ou une robe ?

Si on regarde dans toute l’histoire de l’humanité, les femmes ne portent des pantalons que depuis environ 70 ans. Soit proportionnellement très peu de temps ! Imaginez ces générations de femmes, et même d’hommes, qui n’ont jamais porté que des jupes… Alors qu’en regardant de plus près ma propre histoire, un peu moins significative, soit !, je n’ai porté des jupes qu’1/3 de ma vie environ et presque exclusivement lorsque j’étais petite. D'ailleurs, vous vous rappelez de vos premières « jupes qui tournent » ?
La jupe est un objet qui se décline (mini-jupes, jupes longues, jupes-culottes, jupes plissées, jupes à volants, jupes de gitane, kilts ou tutus…) et qui fascine dès le plus jeune âge les petites filles, qui veulent des robes de princesse, et les petits garçons qui soulèvent les jupes des filles dans les cours de récré… Quel objet et quelle histoire !
Et voilà que je constate que je ne porte que des pantalons. C’est pourquoi je m’interroge.
Quelle est la raison profonde de ce bouleversement vestimentaire ? Est-ce le coté pratique, simple à porter du pantalon qui l’emporte ou est-ce la force de l’habitude qui me pousse à ne plus porter que des pantalons?! A vrai dire je ne sais pas trop. Ce n’est pas une question de goût en tout cas, car je trouve certains modèles plutôt jolis, bien coupés et qui semblent agréables à porter. Mais c’est comme si je n’arrivais pas à franchir le pas !

Pour être franche, d’un coté, je redoute les ‘qu’en dira-t-on’. Ah ! le terrible regard des autres... Mes collègues sont habitués à me voir en pantalon alors que pourraient-ils bien penser en me voyant débarquer un matin en jupe ? Que je suis réellement une fille ? Et si ils l’avaient déjà remarqué… !
En y regardant d’un point de vue plus global, c’est peut-être plus un phénomène de société dont je suis victime... Je m’explique. Est-ce notre coté masculin qu’on essaye de faire ressortir en portant des pantalons, ou ce coté féminin qu’on tente de camoufler en ne portant pas de jupes, pour pouvoir se frayer un chemin dans un monde dominé par les hommes? Mais ceci n’est pas forcément vrai, car je vous le demande : faut-il obligatoirement être un homme pour réussir sa carrière ou bien peut-on montrer ses jambes pour y arriver?
Et moi qui disais ne pas avoir de crise existentielle à régler en ce moment… Comme quoi on n’est jamais à l’abri d’une rechute.

Une autre raison, un peu dans la continuité, serait de me demander si j’ai réellement envie d’exhiber mes petits mollets. Car il faut bien voir la réalité en face, et c’est là que le bât blesse (sans aucun jeu de mots) : porter une jupe c’est montrer ses jambes. Et montrer ses jambes, ça se prépare, ça ne se fait pas comme ça sur un coup de tête ! Entre l’épilation, l’éventuel port du collant, s’auto-bronzer ou pas… C’est quand même bien compliqué, le tout au réveil aux alentours de 6heures du matin, juste pour un choix vestimentaire. Ce qui m’amène à penser que le facteur « fainéantise » a également sa part dans la prise de décision du port de la jupe.
J’ai pourtant au fond de moi ce petit coté rebelle qui me pousse à refuser l’adversité et à affronter les obstacles qui se dressent sur le fier chemin de ma satisfaction… bref, c’est pas ça qui va m’arrêter si j’en ai vraiment envie ! Mais il faut dire que c’est tellement simple d’enfiler un jean. Et en plus c’est vraiment diabolique car ça va avec tout !

Pour défendre un peu quand même le port de la jupe, je dirais que la jupe et la robe, avec le maquillage, font partie des avantages que les femmes n’ont rien que pour elles pour se mettre en valeur ! Mais vous ne trouvez pas ça étrange que dans nos sociétés actuelles les femmes n’en abusent pas plus que ça ? Peut-être certaines ont-elles été traumatisées par les 'souleveurs de jupes'??

Pour aborder maintenant la chose d’un aspect plus comportemental, je me demandais si le fait d’offrir une deuxième option - ici jupe et pantalon, alors qu’on n’avait pas le choix auparavant, pouvait créer un phénomène de masse vers la « nouvelle » option, voire même un rejet de l’option d’origine. Vous me suivez?? Autrement dit, pour ne plus être tous pareil comme avant, on faisait tous pareil maintenant…
D’ailleurs avez-vous déjà remarqué que rares sont les hommes à connaître la différence entre une jupe et une robe ? Comme si ils n’en portaient plus depuis tant de générations qu’ils en ont oublié l’étymologie… Tout ça me fait aboutir à cette question philosophique, attention sujet du bac philo potentiel : le changement engendre-t-il un oubli voire un rejet du passé ?

Malheureusement je n’ai pas vraiment de conclusion à proposer à ce billet. Mais n'hésitez pas à intervenir si vous avez des idées. Ce que je peux simplement dire c’est qu’il faut essayer de faire les choses qui sont à notre portée et qui nous plaisent. En tout cas je vous tiendrais au courant si je décidais de me mettre à la jupe… ;-)